2025: Une année charnière pour le secteur nucléaire belge
Rétrospective de Serge Dauby, notre Managing Director
L’année 2025 marque un véritable tournant pour le secteur nucléaire belge. Après plus de deux décennies d’incertitude – initiées par la loi de sortie du nucléaire de 2003 – le Parlement fédéral a opéré un changement stratégique majeur. Avec l’adoption de la loi-Bihet en mai 2025, la sortie du nucléaire a été formellement abandonnée, ouvrant la voie à la prolongation des réacteurs existants ainsi qu’au développement de nouvelles capacités nucléaires.
Cette décision reflète une ambition claire en matière d’énergie : garantir l’indépendance et la sécurité d’approvisionnement de la Belgique, stabiliser les prix de l’électricité et réduire durablement les émissions de CO2.
Un débat politique et sociétal stabilisé
L’année 2025 a apporté une évolution notable du consensus politique. Une large majorité parlementaire reconnaît de nouveau le rôle stratégique du nucléaire comme pilier de la transition énergétique. Le débat public, lui aussi, s’est apaisé grâce à une prise de conscience accrue des risques géopolitiques et du rôle essentiel d’une capacité pilotable et bas carbone aux côtés des énergies renouvelables.
Une expertise scientifique et industrielle comme atout majeur
La relance du secteur s’est confirmée à travers les performances remarquables d’acteurs belges de premier plan tels que le SCK CEN, Tractebel et plusieurs institutions académiques. Leur contribution à des projets internationaux de recherche et de développement démontre que la Belgique dispose toujours d’un savoir-faire nucléaire unique, reconnu mondialement.
Les défis restent néanmoins considérables. Pour atteindre ses objectifs climatiques, la Belgique doit électrifier en profondeur son système énergétique, de la mobilité aux procédés industriels en passant par le chauffage. Aujourd’hui, notre pays consomme environ 80 TWh d’électricité pour une consommation énergétique totale de plus de 400 TWh. Cet écart illustre l’ampleur de la décarbonation à accomplir. Même dans les scénarios les plus optimistes, il manquera plus de 80 TWh d’électricité d’ici 2050 – soit l’équivalent de notre consommation électrique actuelle.
La nécessité d’une vision à long terme
Le constat est amer : pendant plus de vingt ans, plusieurs gouvernements ont accepté de supprimer le nucléaire du mix énergétique belge sans garantir une alternative réaliste et non dogmatique. Ce manque de vision nous oblige aujourd’hui à élaborer en urgence un nouveau plan d’action. Ce plan devra inévitablement inclure la construction de nouvelles capacités de production d’électricité bas carbone (renouvelable et nucléaire) ainsi que le renforcement de nos réseaux.
La dynamique positive observée en 2025 ne doit pas masquer la nécessité d’une stratégie cohérente à long terme. La Belgique a besoin d’une feuille de route réaliste et progressive pour les 10, 20 ou 30 prochaines années, élaborée en concertation avec toutes les parties prenantes.
Les priorités sont claires :
- Garantir la continuité de l’approvisionnement électrique pendant la progression de l’électrification.
- Faire des choix technologiques fondés, incluant les grands réacteurs nucléaires et les SMR de troisième et quatrième génération, en tenant compte de leur calendrier prévisionnel.
- Mettre en place des installations permettant de recycler (réutiliser) notre combustible usé (uranium) et assurer la fermeture du cycle du combustible nucléaire
- Identifier des sites potentiels répondant au mieux aux besoins de la population et de l’industrie pour l’installation de nouvelles unités nucléaires.
- Renforcer la chaîne de valeur belge en mobilisant les entreprises et en stimulant l’intérêt pour les filières techniques.
- Développer des modèles de financement réalistes, adaptés à la situation budgétaire actuelle.
Le chemin à parcourir est ambitieux, mais indispensable. L’alternative – une dépendance structurelle à une électricité d’importation coûteuse et/ou fossile – n’est pas viable ni envisageable dans le cadre des objectifs climatiques de notre pays.
La Belgique renforce sa position internationale
L’année 2025 a également été marquée par une valorisation accrue de l’expertise nucléaire belge à l’international. Parmi les moments clés :
- La signature, en septembre 2025, d’un accord de coopération entre le Belgian Nuclear Forum et la filière nucléaire française (GIFEN) pour intensifier la collaboration industrielle et le partage de connaissances – en complément de l’accord signé en juillet 2025 entre le ministre belge de l’Énergie, Mathieu Bihet, et son homologue français.
- La création, en octobre 2025, d’une alliance flamande dédiée aux SMR, à laquelle le Belgian Nuclear Forum est également signataire, en présence du ministre-président Matthias Diependaele. Cette initiative constitue un signal fort à l’industrie flamande et aux investisseurs étrangers.
- La signature, en novembre 2025 lors de la World Nuclear Exhibition (WNE), d’une déclaration d’intention entre le Belgian Nuclear Forum et Ontario Power Generation (OPG – Canada) concernant le développement de Small Modular Reactors en Belgique, une technologie à fort potentiel pour un système énergétique flexible et bas carbone.
- Le succès retentissant du « Belgian Pavilion » à la WNE – la plus grande participation belge jamais enregistrée. Pas moins de 15 entreprises belges y étaient présentes et sont rentrées avec de nombreuses commandes, prospects et opportunités de collaboration.
La Belgique retrouve ainsi une voix claire dans ce débat stratégique. Par ailleurs, plusieurs pays européens – dont la France, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Tchéquie et la Pologne – ont annoncé de nouvelles ambitions nucléaires.
Une Taskforce nationale comme catalyseur
Pour consolider la trajectoire engagée, la création d’une Taskforce nationale est essentielle. Celle-ci doit rassembler les acteurs industriels, les fédérations sectorielles, les centres de recherche, les autorités fédérales et régionales ainsi que les partenaires internationaux, afin de coordonner les projets nucléaires, mobiliser les entreprises et renforcer l’afflux de talents techniques.
Il est également crucial d’envoyer un signal clair à l’industrie belge : notre pays choisit résolument de remettre le nucléaire au centre de sa stratégie d’innovation, de croissance et de sécurité énergétique.
Conclusion
La relance du nucléaire en Belgique aura des effets majeurs : réduction des émissions de CO₂ grâce à une énergie bas carbone, amélioration de la sécurité d’approvisionnement dans un contexte géopolitique incertain, dynamisation de l’économie grâce à de nouvelles opportunités industrielles et technologiques, création de milliers d’emplois tous secteurs confondus et renforcement de notre influence dans les débats européens sur la transition énergétique.
2025 a été l’année où la Belgique a redéfini son cap énergétique. Pour concrétiser cette renaissance, une coopération durable et une vision stratégique sont indispensables. La création d’une Task Force nationale constitue une étape clé pour transformer l’élan actuel en résultats tangibles.
Le Belgian Nuclear Forum continuera à jouer un rôle moteur en soutenant cette dynamique et en fédérant les acteurs autour d’un objectif commun : faire du nucléaire un atout stratégique pour l’avenir de notre pays.