Le maintien en exploitation à plus long terme ("LTO") des centrales nucléaires est possible

Les centrales nucléaires peuvent être maintenues en activité au-delà des 40 ans initialement envisagés. C’est ce qui a été décidé en Belgique, à l’instar de nombreux autres pays (Suisse, Pays-Bas, États-Unis) qui ont décidé de poursuivre l’exploitation de leurs centrales nucléaires. Nous expliquons ci-dessous pourquoi une plus longue durée d'exploitation des réacteurs nucléaires belges ("LTO", ou Long Term Operation) est possible.

Les centrales nucléaires n'ont pas de date de fin technique

Les centrales électriques n’ont pas de durée d’exploitation fixe, déterminée à l’avance. Conçues au départ pour fonctionner sans encombre pour une durée minimum, les centrales peuvent à tout moment voir leur durée d’exploitation augmentée (pour autant qu’elles répondent aux critères de sûreté).

En Belgique, la loi détermine la date de sortie des centrales nucléaires. Ces dernières peuvent toutefois continuer à fonctionner à condition que les investissements nécessaires soient opérés.

LTO: 60 ans est la norme internationale, 80 ans est la tendance répandue

Les Pays-Bas ont décidé d’exploiter leur centrale nucléaire de Borssele, située à la frontière belge, sur une période de 70 ans (30 ans d’exploitation additionnelle). La Suisse a elle aussi décidé de maintenir ses centrales nucléaires en activité vingt ans de plus. Les États-Unis ont même l’intention de poursuivre l’exploitation de plusieurs centrales nucléaires jusqu’à 80 ans. Autrement dit, il n’y a absolument aucune raison technique ou sécuritaire qui justifie la fermeture de nos centrales nucléaires au-delà de 40 ou 50 ans d’exploitation.

Dans le monde entier, il est courant que des centrales nucléaires voient leur durée d’exploitation prolongée jusqu’à 60 ans, voire plus. La Commission européenne prévoit que d’ici 2035, plus de la moitié de toutes les centrales nucléaires d’Europe (soit une puissance d’environ 60 GW) s’inscriront dans une stratégie d’exploitation à long terme.

Exploitation à long terme et sûreté : une histoire internationale

La poursuite de l’exploitation a une portée internationale puisque, outre le contrôle opéré par l’Agence féderale du contrôle nucléaire (AFCN), un contrôle supplémentaire est assuré par l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) à la demande du gouvernement belge et de l’AFCN. Dans le cadre de la mission d’expertise « SALTO » (SALTO : Safety Aspects of Long Term Operation), les centrales nucléaires de Doel et Tihange ont reçu la visite de plusieurs inspecteurs de l’AIEA en 2016.

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Maintien en exploitation à long terme en Belgique : une option qui a fait ses preuves

Décider de poursuivre l’exploitation de certaines unités nucléaires n’est pas une nouveauté en Belgique. Par le passé, les gouvernements Di Rupo 1 et Michel 1 ont respectivement décidé de poursuivre l’exploitation de Tihange 1 et Doel 1 et 2. La poursuite de l’exploitation après 2025 ne sera donc pas une nouveauté dans notre pays. Entre-temps, l’opérateur a intégré le concept de LTO et a consenti les investissements nécessaires pour permettre une éventuelle prolongation de dix ans de l’exploitation des réacteurs de Tihange 1 et de Doel 1 et 2 dans le respect de toutes les normes de sûreté.

Outre les 600 millions d’euros alloués à la poursuite de l’exploitation de Tihange 1, l’opérateur a investi quelque 700 millions d’euros afin de soutenir la prolongation de Doel 1 et Doel 2. La plus grande partie de cette somme est dévolue aux adaptations et renouvellements (notamment des turbines et de transformateurs les plus importants). Par ailleurs, de nouveaux collaborateurs sont engagés et formés, afin de garantir l’exploitation sécurisée de Doel 1, Doel 2 et Tihange 1.

L'exploitation à long terme : une décision politique

Poursuivre l’exploitation des centrales nucléaires après 40 ans est un choix politique et non une nécessité technique. Car les réacteurs de Doel et Tihange ne sont plus tout-à-fait les même réacteurs qu’il y a 40 ans : les outils ont évolué avec le temps. Au fil des ans, ils ont en effet été actualisés et modernisés de manière permanente. Ils satisfont d’ailleurs aux normes actuelles les plus strictes. La poursuite de l’exploitation au-delà de 40 ans est loin d’être une exception. De nombreux autres pays l’ont décidé.

La prolongation des deux plus jeunes réacteurs, Doel 4 et Tihange 3, est assurée

Un accord a finalement été signé fin 2023 pour prolonger les deux plus jeunes réacteurs nucléaires belges, Doel 4 et Tihange 3. Après plus d'un an et demi de négociations entre le gouvernement belge et l'exploitant Engie Electrabel, l'accord a été signé par les deux parties : Doel 4 et Tihange 3 resteront opérationnels pendant 10 années supplémentaires, jusqu'en 2035.

Pour les autres réacteurs, une prolongation devient de plus en plus irréaliste. C'est le prochain gouvernement qui décidera si les deux plus jeunes réacteurs seront prolongés au-delà de 10 ans, comme certains politiciens l'ont déjà suggéré.

La suppression de la loi obsolète de 2003 sur la sortie du nucléaire, qui interdit l'exploitation de nouvelles centrales nucléaires après 2025, sera également à l'ordre du jour du prochain gouvernement.