Mutagenèse : de nouvelles variétés de végétaux plus résistantes

La biodiversité est essentielle sur terre. Dans ce contexte, la technologie nucléaire opère une sélection par mutation génétique (mutagenèse) afin de mettre au point des végétaux mieux adaptés à leurs conditions environnementales et climatiques.

L'irradiation accélère la mutation spontanée

La mutation génétique (mutagenèse) se produit lorsque les semences de plantes sont irradiées. Ainsi, en quelques minutes seulement, la technologie nucléaire crée des variantes d'espèces végétales qui, par le processus naturel de mutation et d'adaptation spontanée, prendraient plusieurs milliers d'années. La technologie nucléaire apporte ainsi la solution à deux défis majeurs de notre époque :

  1. Le changement climatique se produit actuellement à un rythme tel que les plantes sont incapables de s'adapter à temps aux conditions climatiques changeantes. La mutagenèse permet de créer des variantes adaptées à un climat en évolution rapide.
  2. Deuxièmement, la population mondiale croît rapidement. Les nouvelles variantes de plantes créées par mutagenèse sont non seulement plus résistantes aux conditions climatiques plus extrêmes, mais dans certains cas, elles peuvent aussi donner plus de fruits par arbre ou arbuste, ce qui permet de nourrir plus de bouches.

Ainsi, la technologie nucléaire (par mutagenèse) crée des caractéristiques utiles que l’on ne rencontre pas dans la nature ou qui ont disparu au cours de l’évolution. Elle donne ainsi des variétés avec un rendement supérieur, plus stable et de meilleure qualité pour l’alimentation humaine et animale. Ces variétés tolèrent nettement mieux la sécheresse et la salinité des sols, supportent les écarts de température importants et résistent mieux aux insectes nuisibles et aux maladies.

La technologie nucléaire est à la base de nombreuses techniques visant à améliorer la rentabilité et la qualité des cultures, dans le respect de l'homme et de l'environnement.

Est-ce dangereux ?

Bien au contraire ! L'irradiation des semences de plantes en laboratoire ne laisse aucune trace radioactive dans les plantes et détruit les bactéries telles que E. coli et la salmonelle. Enfin, les variétés végétales irradiées sont moins dépendantes des produits agrochimiques, ce qui est essentiel pour le développement d'une agriculture durable. Ces techniques nucléaires ont été soumises à des contrôles de sécurité très rigoureux et permettent de renforcer la sécurité des aliments tout en protégeant l’environnement.

L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) procure aux cultivateurs des États membres des Nations Unies les techniques, formations et outils nécessaires pour produire ces végétaux améliorés. Ses laboratoires de Seibersdorf ont développé des techniques de mutagenèse principalement pour les cultures de riz et de blé, mais également de bananes et de pamplemousses. La Section de sélection des plantes des laboratoires procède également aux irradiations des végétaux. Enfin, les laboratoires de Seibersdorf forment des chercheurs qui pourront ensuite améliorer le rendement et la sécurité agricoles dans leur pays. Aujourd’hui, ces cultures améliorées sont pratiquées dans le monde entier.

Cela fait-il partie du génie génétique ?

Non. BLa manipulation génétique est un processus très ciblé qui consiste à altérer délibérément la structure de l'ADN des plantes en vue d'obtenir un changement spécifique de leur ADN, de leur forme ou de leurs propriétés. Il s'agit d'un processus très ciblé, visant à modifier 1 caractéristique spécifique.

Dans la mutagenèse, les graines de plantes sont irradiées et des variantes génétiques sont créées, exactement comme les variantes génétiques des plantes se produisent spontanément dans la nature, avec des changements minimes par rapport à la plante originale. Mais, ce processus est long et lent. Avec la mutagenèse, l'ADN d'une plante n'est pas altéré de l'extérieur. Simplement, la nature est stimulée à produire ses propres variations. Ensuite, les différentes variantes sont plantées en laboratoire et, au fur et à mesure de la croissance des plantes, on observe quelles sont celles présentent les meilleures caractéristiques de mutation recherchées. En d'autres termes, le processus reste lent et aléatoire, mais il produit des résultats plus rapides que la sélection naturelle spontanée.

Quelques exemples

Namibie : des cultures plus fortes que la sécheresse

L’agriculture est étroitement liée à la croissance et au développement de la Namibie. Ce pays aux régions semi-arides et arides est l’un des plus secs de ’Afrique subsaharienne. Ses cultures sont donc extrêmement limitées, voire menacées.

Les laboratoires de Seibersdorf (Vienne) de la FAO (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture) et de l’AIEA ont développé un programme d’aide pour la Namibie en vue de renforcer la tolérance des cultures à la sécheresse. Afin de créer des variétés plus résistantes, les laboratoires ont traité des semences de variétés locales aux rayons gamma : le dolique (ou niébé, une légumineuse aux grandes qualités nutritionnelles), le sorgho (gros mil) et le millet perlé (petit mil).

Amérique du Sud : des fruits plus résistants aux vents violents

Sur les hauteurs des Andes, le vent est assez fort. Il s'y produit un phénomène très localisé : la puissance du vent est beaucoup plus importante à 1,5 mètre du sol qu'à 50 centimètres. Pour certaines plantes qui produisent des fruits, cela peut faire une grande différence. En raison du vent qui souffle sur les Andes, certains pommiers traditionnels (qui portent leurs pommes à partir de 1,2 m de haut) perdent tous leurs fruits avant d'avoir pu être récoltés. En développant des variétés de pommiers qui portent leurs fruits plus près du sol (par exemple à partir de 50 centimètres de haut), l'impact du vent est moindre. Les arbres peuvent ainsi produire plus de fruits.