Étude sur l'adéquation et la flexibilité en Belgique 2024-2034
Le gestionnaire de réseau Elia publie son baromètre biennal sur les tendances des besoins énergétiques de la Belgique pour les 10 prochaines années
La société s'électrifie plus tôt et plus vite que prévu. C’est pourquoi la consommation d'électricité doit devenir flexible pour s'adapter aux pics de consommation et à la production irrégulière d'énergie renouvelable. Et pour que la sécurité d'approvisionnement de la Belgique soit la plus efficace en termes de coûts, des investissements accélérés sont nécessaires, à la fois dans la numérisation et dans la construction d'une infrastructure de réseau dans les délais impartis. Telles sont les principales conclusions du nouveau rapport biennal sur les tendances établies par l'opérateur de réseau Elia.
Elia a publié son étude bisannuelle sur les besoins d'adéquation et de flexibilité de la Belgique pour la prochaine décennie (2024-2034). Depuis la publication de la précédente étude d'adéquation et de flexibilité (en juin 2021), d'importants développements politiques ont eu lieu tant en Belgique qu'en Europe, principalement en raison de la guerre russo-ukrainienne et de la crise du gaz.
Pour maintenir la sécurité d'approvisionnement pendant les hivers et surtout en période de pénurie, une attention particulière doit être accordée à l'électrification croissante des secteurs de la mobilité, du chauffage et de l'industrie. Cela crée des besoins supplémentaires en termes de capacité.
Chris Peeters, CEO d'Elia : « notre pays est confronté à une profonde transformation. Dans les deux à trois prochaines décennies, l'économie belge passera d'une économie basée sur les combustibles fossiles à une économie durable qui optimisera l'utilisation des sources d'énergie renouvelables et les rendra plus efficaces. Si nous voulons améliorer l'efficacité du système et maîtriser les coûts de la transition énergétique, des mesures supplémentaires sont nécessaires. En particulier en termes de numérisation et d'infrastructure. »
« Si nous voulons améliorer l'efficacité du système et maîtriser les coûts de la transition énergétique, des mesures supplémentaires sont nécessaires. En particulier en termes de numérisation et d'infrastructure. »
Dans son dernier rapport, Elia identifie 4 tendances clés pour les années à venir. Nous les résumons brièvement.
La société s'électrifie, plus tôt que prévu, et à une vitesse qui dépasse les attentes
La guerre en Ukraine et les prix élevés du gaz nous obligent à rendre notre système énergétique plus indépendant, plus résistant et plus durable. En conséquence, des capacités supplémentaires sont nécessaires.
L'électrification, ainsi que l'augmentation accélérée de l'électricité à faible teneur en carbone (production d'énergie renouvelable et/ou nucléaire et/ou d'hydrogène) sont essentielles pour décarboniser la société au cours des 10 à 20 prochaines années. À court terme, les hivers 2025 et 2026 sont cruciaux. Une extension flexible de Doel 4 et de Tihange pourrait résoudre ce problème. En effet, il n'y a pas d'alternative à l'OLT de Doel 4 et Tihange 3 pendant les hivers 2025 et 2026. Le rapport Elia conclut que les alternatives sont inadéquates, complexes et coûteuses.
La consommation flexible contribuera à garantir l'approvisionnement en électricité
Jusqu'à présent, la flexibilité était un service de soutien utilisé par les gestionnaires de réseau pour rééquilibrer l'offre et la demande à tout moment. Par exemple, la flexibilité est utilisée pour remédier aux déséquilibres opérationnels résultant de la variabilité des énergies renouvelables ou de la défaillance soudaine de grandes unités de production. À l'avenir, l'utilisation flexible des nouveaux appareils électriques jouera un rôle clé dans l'atténuation des pics de consommation. La flexibilité de l'utilisateur final deviendra donc un levier essentiel pour faire face à l'augmentation de la demande d'électricité et rendre la transition énergétique plus efficace et plus abordable.
L'électrification réduit les émissions de CO2
L'électrification de nombreux secteurs (circulation automobile, chauffage, etc.), combinée à l'intégration accélérée des énergies renouvelables, réduira la consommation de combustibles fossiles. Cela permettra de réduire de manière significative les émissions nationales directes de CO2. Outre les avantages climatiques, l'électrification présente également des avantages économiques et géopolitiques. En effet, l'industrie a accès à une électricité abordable, ce qui lui permet de rester ancrée en Europe et d'éviter les pertes d'emplois. En outre, un système énergétique comportant des niveaux élevés d'énergies renouvelables rend notre système énergétique plus indépendant sur le plan géopolitique et plus résistant aux fluctuations des prix.
Tout retard dans le déblocage de la flexibilité ou dans la construction de l'infrastructure de réseau entraîne des besoins de capacité supplémentaires
Pour que la sécurité d'approvisionnement de la Belgique soit la plus efficace en termes de coûts, il est tout aussi important d'accélérer les investissements dans la numérisation que de construire l'infrastructure du réseau dans les délais impartis.
Quid de l'énergie nucléaire ?
L'étude Elia reste timide quant au déploiement à long terme de l'énergie nucléaire. C'est compréhensible dans le contexte de l'actualité belge, où (à l'exception de l'accord provisoire entre l'État belge et l'opérateur Engie sur la prolongation de Doel 4 et Tihange 3) il règne une grande incertitude quant à l'avenir de l'énergie nucléaire dans notre pays. Pourtant, l'énergie nucléaire est une technologie éprouvée, qui a fait ses preuves dans notre pays, qui n'a connu aucun accident grave et qui bénéficie d'une vaste expertise historique et d'un savoir-faire que de nombreux pays nous envient.
L'énergie nucléaire est bas carbone et a été pendant des décennies (et jusqu'à aujourd'hui) le principal fournisseur d'électricité bas carbone dans notre pays (et dans de nombreux autres pays d'Europe, comme la France, la Grande-Bretagne, la Suède, la Finlande, etc.). Elle constitue un atout important dans la transition énergétique et l'ambition zéro émission. Sans l'énergie nucléaire (une technologie existante, avec une infrastructure existante), il sera beaucoup plus difficile et coûteux d'atteindre les objectifs climatiques.
En outre, les centrales nucléaires sont une source fiable d'électricité, fournissant de grandes quantités d'électricité abordable hiver comme été, jour comme nuit, indépendamment des conditions météorologiques (contrairement aux énergies renouvelables, dont la production est irrégulière et imprévisible). La flexibilité relativement limitée de la production d'électricité dans les centrales nucléaires (un argument avancé par les opposants à cette technologie) signifie que l'énergie nucléaire en tant que telle n'est pas une technologie parfaitement complémentaire de l'éolien et du solaire, mais cet argument est complètement abandonné lorsqu'il s'agit de l'avenir de l'énergie nucléaire. Les nouvelles centrales seront plus petites et plus flexibles (SMR) et pourront faire varier leur production en fonction de la demande d'une part, et de la production capricieuse de l'éolien et du solaire d'autre part. En d'autres termes, face à tous les défis que la Belgique devra relever dans les prochaines décennies, les centrales nucléaires seront un atout pour atteindre ces objectifs.
Plus d'infos
Pour plus d'informations sur cette étude d'Elia, veuillez consulter le site web du gestionnaire du réseau.