À la recherche du cœur de notre conscience grâce au glucose radioactif

Steven Laureys est médecin et neurologue au Centre Hospitalier Universitaire de Liège (CHU Liège). À l'aide de glucose radioactif, il parvient à cartographier l'activité cérébrale de patients dans le coma, et à mieux comprendre un concept aussi complexe que la conscience.

La conscience, l'un des plus grands mystères de la recherche scientifique

La recherche sur le fonctionnement du cerveau est une passion et un choix de carrière conscient pour Steven depuis longtemps. En tant que médecin et neurologue, il a rapidement été confronté aux limites techniques de la recherche des états de conscience d'un patient dans le coma. Après un accident ou une expérience traumatisante, les patients dans le coma sont généralement catalogués comme conscients ou inconscients. Noir ou blanc, tout ou rien, souvent basé sur une observation motrice pure : y a-t-il une réaction aux stimuli, y a-t-il un mouvement perceptible ?

L'état comateux: tout ou rien?

Les patients dans le coma ont tout intérêt à ce que le diagnostic, le pronostic et le traitement soient corrects. Ces patients et leurs proches constituent d’ailleurs un groupe souvent oublié de la science et de la médecine.

Cet oubli s'est surtout fait ressentir sur son travail de recherche. Lorsque, à la fin des années 1990, il s’est concentré sur la recherche visant le sommeil et le coma, lui et son équipe allaient très clairement à contre-courant. L'idée historique – et selon eux fausse – selon laquelle la conscience est "tout ou rien", méritait à leur avis d'être nuancée. Leur hypothèse de base selon laquelle il peut encore y avoir une conscience effective après un coma, leurs recherches sur les expériences de mort imminente ou l'effet de la méditation, par exemple, étaient souvent considérées comme taboues à l'époque. Mais ils ont persévéré, et voilà qu’aujourd'hui, une grande reconnaissance leur est due.

Le savoir-faire technique et les outils sont essentiels

Les outils dont disposent les scientifiques et chercheurs sont essentiels pour visualiser le fonctionnement du cerveau. Tout au long de sa carrière de chercheur, Steven a vécu l'évolution permanente de l'imagerie médicale.

Ce qui a fait de Galilée un si bon astronome, c'est entre autres la qualité des télescopes à sa disposition. Et ce principe s'applique à la science en général : plus le soutien technologique et les instruments dont vous disposez en tant que scientifique sont performants, plus vos observations seront détaillées et meilleurs seront les résultats de vos recherches.

"J'ai pu m'entourer d'une équipe de rêve composée de chercheurs, d'intellectuels, d'ingénieurs nucléaires, d'analystes de données et de médecins. J'ai pu réunir des médecins et des chercheurs d'une part, des ingénieurs et des informaticiens d'autre part, cette combinaison est fantastique, elle crée un feu d'artifice. » affirme Stevens.

"Pour nos recherches, nous utilisons du glucose radioactif. Cette technique d'imagerie médicale nous permet d'examiner le cerveau des patients dans le coma. Cette application de la technologie nucléaire est essentielle dans notre domaine. »

Steven Laureys, médecin et neurologue au CHU Liège

Des perspectives prometteuses

Lorsqu'on se projette dans l'avenir et qu'on se demande où en sera cette recherche dans 10 ou 20 ans, on ne peut rien prédire exactement. Lorsque nous nous sommes entretenus avec Steven Laureys, il nous a dit les choses suivantes :

« Je suis convaincu qu'il y a encore des percées importantes à venir, mais il est difficile de leur donner une date. C'est la nature de la recherche. Ce qui est certain, c'est l'importance de la technologie dans tout cela, et son évolution future. »

« Ce dont je rêve, et ce que j'essaie de créer avec mon équipe, c'est une machine qui me donne une image en temps réel des milliards de connexions du cerveau et de son fonctionnement. L'équipement technique actuel ne nous permet pas encore de comprendre pleinement quelque chose d'aussi complexe que le cerveau humain et la conscience. La machine sur laquelle je rêve de faire mes recherches n'existe pas encore. »

« Développer de nouveaux instruments de mesure, publier des articles dans The Lancet ou Science, mieux comprendre la conscience, c'est une chose. Mais plus encore, améliorer la qualité de vie, soutenir les patients et leurs familles dans les moments difficiles, utiliser des technologies accessibles et évaluer ce que la personne vit réellement, c'est de cela qu'il s'agit en fin de compte. C'est pourquoi nous avons créé une fondation pour soutenir les patients et leurs familles. »

La fondation a été créée un an après que l'équipe de Steven Laureys ait reçu le prestigieux prix Generet. Ce prix, accordé par la Fondation Roi Baudouin, a pour ambition de créer dans notre pays, un pôle de recherche important et internationalement reconnu sur les maladies rares. Chaque année, elle décerne un prix d'un million d'euros à un chercheur de haut niveau pour la recherche sur les maladies rares en Belgique, et en 2020 c’est à Steven Laureys qu’est revenu cet honneur.

En plus d'être un scientifique reconnu, Steven Laureys est également l'auteur de plusieurs ouvrages sur la méditation et le fonctionnement du cerveau humain, tels que La Méditation, c'est bon pour le cerveau et Un si brillant cerveau.