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La sécurité d'approvisionnement en Belgique
La sécurité d'approvisionnement en Belgique

L'impact d'une sortie du nucléaire sur la sécurité d'approvisionnement

La sécurité d’approvisionnement en électricité paraît être acquise en Belgique, un pays qui possède des capacités de production en suffisance. Les centrales nucléaires de Doel et de Tihange génèrent 50 à 60 % de la totalité de l’électricité de notre pays. Les centrales constituent la source d’électricité la plus productive dont nous disposons. Quel serait l'impact sur l'approvisionnement en cas d'une sortie du nucléaire en Belgique ?

La sortie du nucléaire : l'impact sur la sécurité d'approvisionnement

Si notre pays venait à abandonner l’usage de l’énergie nucléaire en 2025, les conséquences et les dangers seraient considérables pour la sécurité de notre approvisionnement :

  • les capacités de remplacement n’existant pas, elles devraient donc être construites très rapidement ;
  • ces nouvelles capacités seraient principalement constituées de centrales au gaz (importé), qui émettent beaucoup plus de CO2 ;
  • les importations d’électricité augmenteraient, avec d’importantes conséquences sur le niveau des prix ;
  • de nouvelles interconnexions devraient être construites ;
  • les risques de black-out s’accroîtraient.

À l’inverse, en maintenant l’énergie nucléaire dans le mix électrique :

  • il ne serait pas nécessaire de construire de nouvelles capacités de remplacement ;
  • nous serions mieux à même d’atteindre nos objectifs en matière d’émissions de CO2;
  • nous parviendrions à limiter les importations d’électricité ;
  • nous n’aurions pas besoin de construire de nouvelles interconnexions ;
  • le risque de black-out demeurerait limité.

Les centrales nucléaires garantissent la sécurité d'approvisionnement

Les centrales nucléaires belges sont performantes et fiables pour ce qui est de produire une électricité de base, disponible jour et nuit, été comme hiver. Jour après jour, les 7 réacteurs de Doel et de Tihange génèrent 50 à 60 % de la totalité de l’électricité de notre pays. Avec un facteur de charge moyen (load factor) de 84 %, ces centrales constituent la source d’électricité la plus productive dont nous disposons.

Voici les chiffres les plus récents sur le mix Électrique belge

Peu d’émissions de CO₂ grâce au nucléaire dans le mix électrique.

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Émissions de CO₂

D’ou vient notre électricité ?

Découvrez ici, les énergies composant le mix électrique belge actuel et les émissions de CO2 qui en résultent.

Le graphe ci-dessous montre la disponibilité des centrales nucléaires belges en comparaison avec les autres pays. Les centrales nucléaires belges sont dans le top 10 des centrales les plus disponibles (et ce malgré les arrêts prolongés de Doel 3 et Tihange 2). La moyenne tous pays confondus s’élève à 77,8 %.

Taux de disponibilité des centrales nucléaires belges en comparaison avec les autres pays (chiffres jusqu'en 2017, source : AIEA).

La construction des nouvelles centrales au gaz et des interconnexions après la sortie du nucléaire

Dans l’éventualité d’une fermeture de toutes les centrales nucléaires en 2025, celles-ci ne seraient remplacées, comme le montrent les études, que très partiellement par le recours à des sources d’énergie renouvelable, mais essentiellement par des centrales au gaz. Les émissions de CO2 et le prix de l’électricité augmenteront par rapport aux niveaux actuels. Sans compter qu’étant donné qu’elles n’existent pas, ces capacités thermiques supplémentaires doivent encore être intégralement construites.

  • Dans le cas d’une sortie du nucléaire, la part des centrales au gaz doublerait dans notre pays : de 34 % (30 TWh) en 2010 à 69 % (69 TWh) en 2030 (Bureau fédéral du Plan et SPF Économie, 2015). Ces nouvelles capacités thermiques nécessaires ne sont en outre pas immédiatement disponibles, puisqu’elles doivent encore être construites.
  • En poursuivant l’exploitation de Tihange 1 pendant 10 années supplémentaires, la part des centrales au gaz dans le mix électrique ne dépasserait pas 33 % (32 TWh) (Bureau fédéral du Plan, 2015).
  • En cas de poursuite de l’exploitation de l’énergie nucléaire, la part des centrales au gaz dans le mix électrique de la Belgique s’élèvera à 27 % en 2030. Dans l’éventualité d’une sortie du nucléaire en 2025, ce chiffre grimperait à 72 % en 2030 (Bureau fédéral du Plan, 2007).
  • Si l’on sort du nucléaire, les capacités d’importation actuelles ne seront pas suffisantes et il nous faudra établir de nouvelles interconnexions avec les pays limitrophes. La capacité des interconnexions sera portée à 6,5 GW à l’horizon 2020. Les importations nettes s’élèveront à 15,6 TWh en 2030 et généreront des frais d’importation qui passeront de 300 millions d’euros (2020) à 900 millions d’euros (2030) (EnergyVille, 2017).
  • Afin de garantir la sécurité de l’approvisionnement en 2025 après une éventuelle sortie du nucléaire, il conviendra de construire de nouvelles capacités thermiques (centrales au gaz) à hauteur de 3,6 GW. Dans un scénario selon lequel on maintiendrait une capacité nucléaire de 2 GW, ces besoins en nouvelles capacités thermiques baisseraient à 1,6 GW (Elia, 2017).

Le graphique ci-dessous montre les capacités nécessaires en termes de nouvelles centrales au gaz (à cycle combiné CCGT ou à cycle ouvert OCGT) entre 2015 et 2030 pour compenser la fermeture des centrales nucléaires belges en 2025. Quel que soit le scénario, toutes les études tablent sur une augmentation. Au total, il faudrait construire entre 9 à 28 nouvelles centrales (chacune dotée d’une capacité de 300 MW).

Les capacités nécessaires en termes de nouvelles centrales au gaz pour compenser la fermeture des centrales nucléaires belges (source : Itinera Institute).

La Belgique importera de l'électricité et sera dépendante des pays voisins pour son électricité

Si par ailleurs notre pays souhaite continuer à assurer sa sécurité d’approvisionnement à l’avenir, il lui faut évidemment privilégier autant que possible sa propre production d’électricité au lieu de recourir à l’importation. Or si nous sommes en mesure de contrôler notre propre production d’électricité, ce n’est pas le cas des importations, pour lesquelles nous dépendons du bon vouloir d’autres pays. L’importation d’électricité depuis les pays voisins n’est pas encore bien régulée, et il n’existe aucune garantie en la matière. De plus, devoir importer massivement du gaz rendrait de facto la Belgique dépendante de certains régimes instables ou mêmes malveillants.

Quelques chiffres clés sur l'importation d'électricité après une sortie du nucléaire :

  • Dans le cas d’une sortie progressive du nucléaire, les importations nettes d’électricité atteindront 27,7 TWh en 2030.
  • Si la fermeture des centrales venait à se concrétiser, les importations progresseraient de 23,9 % d’ici 2030. En revanche, en maintenant une capacité nucléaire de 2 GW, la hausse des importations ne dépasserait pas 19,6 % de la consommation totale. Et en présence d’une capacité de 6 GW, seulement 6,2 % de la consommation totale d’électricité devrait être importée (Albrecht, 2018).
  • En maintenant une capacité nucléaire de 2 085 MW (2 centrales), les importations nettes estimées s’élèveront à 23,6 TWh (Bureau fédéral du Plan, 2018).
  • Dans le cas d’une sortie progressive du nucléaire, les importations nettes augmenteront jusqu’à 15,6 TWh à l’horizon 2030. D’ici 2020, les interconnexions seront portées à 6,5 GW. En maintenant une capacité nucléaire de 2 GW jusqu’en 2035, les importations nettes reculeraient de 1,1 TWh par an (EnergyVille, 2017).

Risques de black-out en raison de pénuries ou d’excédents d’électricité

Dans le cas d’une sortie du nucléaire, les risques de black-out augmenteront de 10 % entre 2017 et 2030, ce qui représente 30 jours calendrier par an (Johan Albrecht et Ruben Laleman, 2013). Cette même étude montre que le développement intensif des énergies renouvelables accroît lui aussi les risques de surproduction à 4 % du temps, soit 12 jours calendrier par an. Il n’existe aucun mécanisme juridique réglementant l’importation et l’exportation des excédents d’électricité depuis ou vers les pays voisins. Si la Belgique venait à être confrontée à une pénurie d’électricité et qu’aucun de ses voisins ne disposait de capacités supplémentaires à exporter, le risque de voir survenir une panne de courant augmenterait encore davantage.

Poursuivre le développement des énergies renouvelables tel que cela est envisagé accroît l’imprévisibilité de la production d’électricité, entraînant de fortes fluctuations sur le réseau électrique (voir le tableau ci-dessous).

Production d’électricité intermittente à partir des énergies solaire et éolienne mesurée sur une période de 1 mois (source : Center for Industrial Progress).

Notre pays deviendrait exportateur net avec le maintien de l'énergie nucléaire

Le maintien des centrales nucléaires en Belgique aurait pour effet de réduire la nécessité de construire de nouvelles capacités au gaz et de recourir à l’importation. Abstraction faite de la faisabilité technique de l’importation (construction d’interconnexions et disponibilité de capacités d’importation depuis d’autres pays), et du coût de ces interconnexions encore à construire, les diverses études parviennent toutes au même résultat : les importations nettes d’électricité augmenteront fortement en cas de sortie du nucléaire. Au contraire, en poursuivant l’exploitation de l’énergie nucléaire notre pays peut même espérer devenir un exportateur net d’électricité. Il en résulterait une plus-value socio-économique indéniable.

C’est seulement grâce au maintien de l’énergie nucléaire couplé à un énorme développement des énergies renouvelables que la Belgique pourra espérer ne plus dépendre de l’importation de combustibles fossiles et devenir un exportateur net d’électricité à l’horizon 2050 et (PwC, 2016).

Le graphique ci-dessous montre que 
le scénario avec maintien d’une capacité nucléaire (6 GW) change la position structurelle du pays, d’importateur (actuellement) vers celle d’exportateur (en 2050).

Le maintien d’une capacité nucléaire (6 GW) change la position structurelle du pays, d’importateur vers celle d’exportateur (en 2050) (source : PwC, 2016).

Une sortie du nucléaire augmenterait les émissions de CO2

Pour l’heure, la Belgique possède un mix électrique faiblement carboné, à hauteur de 65 à 70 %. Nous devons absolument tout mettre en oeuvre pour conserver cet avantage stratégique et cet atout. Fermer les centrales nucléaires pour revenir aux centrales au gaz reviendrait à faire machine arrière. Si nous tenons compte du cycle de vie complet d’une centrale nucléaire, les émissions de CO2 de l’énergie nucléaire sont comparables à celles des énergies renouvelables.

Le graphique ci-dessous montre les émissions de CO2 dans différents scenarios : avec le maintien de 6 gigaWatt de capacité nucléaire, un scenario avec 3 gigaWatt, et un scenario sans énergie nucléaire dans le mix électrique. Dans un scénario incluant l'énergie nucléaire, les émissions de CO₂ diminueront de plus de moitié d'ici 2050. Sans le nucléaire, elles vont pratiquement tripler.

Emissions de CO2 annuelles totales en 2030 et 2050, avec et sans de l'énergie nucléaire dans le mix électrique belge (source : PwC).
La centrale nucléaire de Tihange

La prolongation des centrales nucléaires belges est une décision politique

Notons que le cadre législatif actuel permet de continuer à exploiter nos centrales nucléaires. L’actuelle loi relative à la sortie du nucléaire prévoit effectivement un arrêt de l’exploitation des centrales actuelles, mais uniquement à condition de ne pas mettre en péril la sécurité de l’approvisionnement. Or les principales études qui abordent l’avenir énergétique de la Belgique laissent entendre que la mise à l’arrêt des centrales produira des effets négatifs sur cette sécurité. Une sortie progressive du nucléaire en 2025, qui entraînerait la perte de plus de 40 % des capacités de production actuelles, présente un réel danger pour la sécurité d’approvisionnement. Par conséquent, il faut conserver cette production d’électricité de base fiable, dont les équipements et les infrastructures existent (contrairement à de nouvelles centrales au gaz). La complémentarité entre l’énergie nucléaire et l’énergie renouvelable rend justement possible la transition énergétique.

The time is now

Nous ne pouvons plus nous permettre de reporter plus longtemps la décision sur la poursuite ou non de l’exploitation des centrales nucléaires belges. Il faut trancher dès maintenant. Si la Belgique souhaite maintenir des centrales opérationnelles après 2025, il convient d’en prendre la décision au début de la prochaine législature, sans attendre plus longuement. À défaut, le maintien en service des réacteurs ne pourra être préparé et il ne restera plus qu’une seule option : les fermer, en en assumant toutes les conséquences.

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