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L'impact d'une sortie du nucléaire sur les prix d'électricité

La composante tarifaire (le prix) constitue l’un des trois piliers du « trilemme » énergétique aux côtés de la sécurité d’approvisionnement et des effets climatiques. Il importe en effet que les familles et les entreprises bénéficient en tous temps d’une facture d’électricité abordable. Un arrêt éventuel de l’exploitation des réacteurs aurait des effets immédiats sur la première composante des tarifs – la production elle-même –, et c’est ce que nous examinons dans cet article.

Le maintien de l’énergie nucléaire aurait un impact positif sur le prix de l’électricité

Ne plus exploiter l’énergie nucléaire aurait une incidence négative sur les divers facteurs qui déterminent directement et indirectement le prix de l’électricité : les coûts de production de l’électricité eux-mêmes, les coûts marginaux, le prix du CO2, les coûts de combustibles, les coûts d’investissement pour la construction de nouvelles centrales au gaz, sans oublier les effets sur la balance commerciale en raison de la hausse des importations qui en découlerait.

À l’inverse, le maintien de l’énergie nucléaire dans le mix électrique belge aurait indubitablement des effets positifs sur les prix de l’électricité en Belgique. L’énergie nucléaire garantit un prix de gros de l’électricité plus faible. La disponibilité de l’énergie nucléaire apporte donc une garantie pour le maintien de coûts de production compétitifs. En la maintenant dans le mix électrique, on évite du même coup d’importants coûts d’investissement (pour la construction de nouvelles centrales au gaz). Sans compter que la complémentarité entre l’énergie nucléaire et les énergies renouvelables influe positivement sur le coût moyen de production. Bref, il ressort de toutes les études que le maintien de l’énergie nucléaire dans le mix électrique aurait un impact positif incontestable sur le prix de l’électricité.

Le graphique ci-dessous montre la comparaison du coût de production de l’électricité à l’horizon 2050 dans plusieurs scénarios où l’énergie nucléaire est absente.

Source : Étude PwC, Réussir la transition énergétique, 2016.
Les coûts de production de l’électricité doubleront potentiellement entre 2018 et 2050.

Une sortie du nucléaire en 2025 : des investissement et des augmentations de prix

Envolée du prix de l’électricité

De conséquents investissements seront nécessaires d’ici à 2050 (remplacement des capacités nucléaires et investissements en vue de respecter le paquet climat-énergie pour 2020). Les effets qui en découleront sur les coûts de production sont les suivants : une hausse de 63,8 €/MWh en 2010 à 108 €/MWh en 2030 et à 100,2€/ MWh en 2050 (Bureau fédéral du Plan, 2015).

Les coûts de production seront encore plus élevés (108,5 €/MWh en 2030 et 119 €/MWh en 2050) dans le cas de la mise en oeuvre du scénario alternatif plus ambitieux (respectant les objectifs en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre pour 2030 et 2050). En d’autres termes, les coûts de production de l’électricité doubleront potentiellement entre 2018 et 2050 (compte tenu des conditions actuelles) en cas de fermeture des centrales nucléaires en 2025 (Bureau fédéral du Plan, 2015).

Le coût marginal de production partira à la hausse même en cas de sortie partielle du nucléaire, de au moins 2,3 €/MWh (Bureau fédéral du Plan, 2018).

L’association de l’énergie nucléaire et des sources d’énergie renouvelable exerce une influence positive sur le coût de production moyen de l’électricité. Après le charbon, l’énergie nucléaire présente le plus faible « coût actualisé de l’énergie » (levelized cost of electricity ou LCOE) selon les chiffres de l’AIE portant sur la construction de nouvelles centrales.

Les coûts actualisés (LCOE) des nouvelles centrales en Belgique (source : AIE-NEA, 2015).

Le prix du CO2 augmentera en cas de la sortie du nucléaire

Une sortie du nucléaire en 2025 provoquera une hausse des émissions de CO2 et des prix du gaz, engendrant dans la foulée une augmentation du prix de production de l’électricité de 62 % d’ici 2030 : le prix de gros augmentera de 43 €/MWh pendant la période 2012-2016 à 70 €/MWh en 2030 et 74 €/MWh en2040 (Elia, 2017).

Le prix du CO2 bondira à 33,5 €/tCO2 en 2030 (en partant du principe qu’aucune nouvelle centrale au charbon ne soit construite) et à 88 €/tCO2 à l’horizon 2050 (Bureau fédéral du Plan, 2017).

L’étude réalisée par Elia en 2017 table sur une hausse beaucoup plus forte du prix du CO2 pour 2030. Si le gaz venait à l’emporter sur le charbon dans l’ordre de mérite, le gestionnaire du réseau prévoit alors une hausse jusqu’à 90 €/tCO2 pour 2030 en cas de mise à l’arrêt total des centrales (Elia, 2017). Cette progression des prix des combustibles fossiles et du CO2 est conforme à l’analyse qu’expose l’Agence internationale de l’énergie dans la dernière édition de son rapport « World Energy Outlook ».

Hausse attendue des prix des combustibles fossiles et du CO2 d’ici 2030 et 2040 (source : AIE, 2016).
Hausse des prix du gaz et du prix de gros de l’électricité (source : Elia).

Augmentation des prix des combustibles

Les prix des composants de combustibles augmenteront de 120 % en 2030 par rapport à 2020 (Energyville). Le prix du gaz naturel grimpera de 15 €/MWh en 2016 à 32 €/MWh en 2030 (Elia, 2017).

Investissements consacrés aux capacités de remplacement des centrales nucléaires

Dans le cas d’une sortie totale du nucléaire, les investissements augmenteront de 36 milliards d’euros entre 2010 et 2030 (Bureau fédéral du Plan, 2015). Conserver une capacité nucléaire de 2 GW pendant dix années supplémentaires permettrait d’économiser 230 millions d’euros d’investissements par an (Elia, 2017).
Pour garantir la sécurité d’approvisionnement en cas de sortie du nucléaire et conserver une réserve stratégique de 5 % d’ici 2025, il faudrait au total consentir 11 à 13 milliards d’investissements entre aujourd’hui et 2030 (Itinera Institute, 2015) - voir aussi le grapphique ci-dessous.
Les calculs d’ELIA* vont dans le même sens : le prix du gaz naturel passerait de 15€/MWh en 2016 à 32€/MWh en 2030. De même, ils annoncent une hausse du prix de gros de l’électricité : de 43 €/MWh entre 2012 et 2016 à 70 à 74 €/MWh en 2030.

Les coûts cumulatifs (en milliards €) estimés pour remplacer les capacités nucléaires actuelles par des centrales au gaz et des centrales à biomasse.

Impact de la sortie du nucléaire sur la balance commerciale

Dans le cas d’une sortie du nucléaire, les coûts d’importation s’élèveront à 300 millions d’euros en 2020 et continueront de grimper à 900 millions d’euros en 2030 (EnergyVille, 2017). En l’absence de l’énergie nucléaire, on assistera à un accroissement du déficit commercial de 3,7 €/MWh d’ici 2030 (Elia, 2017). Ce n’est qu’en maintenant une capacité nucléaire de 2 GW que nous parviendrons à stabiliser la balance commerciale à l’horizon 2030 (Bureau fédéral du Plan, 2018).

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