Les 7 conséquences de l'Energiewende
Les 7 conséquences de l'Energiewende

Les 7 conséquences de la politique énergétique allemande

En 2011, l’Allemagne décide d’accélérer la sortie du nucléaire et de miser sur les énergies renouvelables. D'où le terme "Energiewende" qui signifie littéralement "révolution énergétique" en allemand. Le bilan n'est pas vraiment positif.

Le 12 mai 2015, deux professeurs d’université allemands et un représentant allemand de l’industrie, invités à Bruxelles par le Forum nucléaire, ont analysé l'impact de la politique énergétique allemande. Voici leurs conclusions.

L’Allemagne a vu ses émissions de gaz à effet de serre augmenter de 3 %.

Conséquence n° 1 : des émissions de CO2 accrues

L’Energiewende a pour objectif de réduire les émissions de CO2 de 40 % (750 millions de tonnes) d'ici 2020 par rapport à 1990. Actuellement, la réduction atteint les 27 %. Entre la fermeture des premières centrales nucléaires en 2011 et fin 2013, l’Allemagne a vu ses émissions de gaz à effet de serre augmenter de 3 % (le plus haut niveau atteint depuis 2008). En 2014, celles-ci ont diminué grâce à une réduction des émissions produites par les ménages (15 %). En effet, dans un contexte de crise économique, la hausse des prix a entraîné une baisse de la consommation d’énergie, mais également une baisse de la production énergétique (5 %).

Conséquence n° 2 : les prix de l’électricité les plus élevés d’Europe

Les prix allemands de l’électricité pour les ménages et les industries sont, avec le Danemark, les plus élevés d’Europe.

En 2014, la contribution des Allemands à la transition énergétique se montait à 62,4 €/MWh (75 % de plus par rapport à 2012) et la taxe énergie s’élevait à 20,5 €/MWh. En 2014, les consommateurs allemands ont payé 23,6 milliards d’euros pour les énergies renouvelables destinées à la production d’électricité.


Le coût cumulé des objectifs RES (sources d’énergies renouvelables) est estimé à 450 milliards d’euros d’ici 2030. Mais les consommateurs industriels intensifs bénéficient d’une réduction importante de cette contribution, par crainte des conséquences sur la compétitivité des entreprises allemandes.

Les prix allemands de l’électricité pour les ménages et les industries sont, avec le Danemark, les plus élevés d’Europe.

Conséquence n° 3 : un mix énergétique majoritairement "fossile "

Mesuré tout au long de l’année 2014, le mix énergétique allemand est avant tout "fossile".

  • combustibles fossiles : 54 % (25,6 % de lignite, 18,0 % de charbon, 9,6 % de gaz naturel et 0,8 % de pétrole);
  • énergies renouvelables : 25,8 % (8,6 % proviennent de l’éolien, 7,0 % de la biomasse, 5,8 % de l’énergie solaire, 3,4 % de l’énergie hydraulique, et 1,0 % de la combustion de déchets);
  • énergie nucléaire : 15,9 %;
  • autres : 4,3 %

Mine de lignite à ciel ouvert

Conséquence n° 4 : la sécurité d’approvisionnement plus précaire

Au cours de 2015, 20 % des entreprises allemandes ont rencontré des problèmes relatifs à la sécurité d’approvisionnement. Le développement des énergies renouvelables génère un surplus d’électricité qui doit être exporté. Mais ce surplus ne contribue pas pour autant à la sécurité d’approvisionnement. En outre, les unités de production de gaz sont mises à l’arrêt, ce qui pose également des questions pour l’avenir quant à la sécurité d’approvisionnement.

Le cas de la centrale allemande au gaz d’Irsching illustre bien ce problème : cette centrale est l’une des plus récentes en Europe et est fermée depuis avril 2016. En cause, la concurrence avec les énergies renouvelables qui pousse à mettre les centrales conventionnelles à l’arrêt. Au total, ce sont 50 centrales électriques en Allemagne qui ont exprimé leur volonté de fermer parce qu'elles ne peuvent plus être exploitées de manière rentable.

Conséquence n° 5 : les investissements pour l’adaptation du réseau accusent un net retard.

Pour effectuer le passage d’une production d’électricité centralisée (grandes centrales au gaz, au charbon ou nucléaires) à un système de production décentralisé (installation d’éoliennes et de panneaux solaires disséminés partout dans le paysage), des modifications doivent être apportées au réseau.

A cet effet, le Bundestag (Parlement allemand) a adopté une loi en 2009 qui prévoyait, à l'échéance 2015, l'installation de 1.876 km de nouvelles lignes. Cependant, fin 2014, seuls 463 km avaient été installés. Les raisons de ce retard ? Les procès intentés par les riverains opposés à l’installation de ces lignes et le coût élevé. Le coût estimé pour l’installation de 1 km de lignes à haute tension s’élève en effet à 1 million d’euros.

La totalité des investissements futurs, calculée selon le scénario le plus réaliste, s'élèverait à 23 milliards d’euros.

Conséquence n° 6 : réaction négative de l’industrie allemande

Une récente étude menée par l’Association des chambres de commerce et d’industrie allemandes indique que seulement 14 % des entreprises allemandes observent un effet positif de l’Energiewende sur leur compétitivité, tandis que 34 % estiment que les effets sont négatifs.

Ce bilan pousse 24 % des entreprises allemandes à envisager de réduire leur production en Allemagne. 4 % d’entre elles ont même déjà délocalisé leur production en raison de l’Energiewende et 8 % sont en phase de délocalisation.

Enfin, 40 % des entreprises sondées dans le cadre de cette étude soulignent que les prix de l’énergie sont devenus une source de préoccupation plus importante au cours des 12 derniers mois.

Conséquence n° 7 : l’adhésion de l’opinion publique diminue.

Selon les derniers sondages, la population allemande soutient l’Energiewende à 57 %. Un chiffre en baisse puisque, entre 2012 et 2015, ce soutien a reculé de 66 % à 57 %.

Conclusions

L’Energiewende a eu pour résultat de faire augmenter les prix de l’énergie en Allemagne et les Allemands se sont retrouvés à émettre plus de dioxyde de carbone en raison d’une consommation plus importante de charbon, ce qui n’était certainement pas le résultat attendu par les architectes de l’Energiewende.

Le cas allemand nous permet d’entrevoir ce qui pourrait arriver en Belgique d’ici 2025 en cas de fermeture de nos centrales nucléaires : les prix de l’électricité risqueraient d’augmenter, de même que les émissions de CO2.


Nucléaire et renouvelable sont pourtant compatibles. Ces deux sources d’énergie bas carbone participent à la lutte contre les gaz à effet de serre et contre le changement climatique. L’énergie nucléaire fait donc partie de la solution vers une transition énergétique bas carbone.

Êtes-vous aussi intéressé par…

À propos du Forum nucléaire

Portail d’information de référence sur la technologie nucléaire : tant à l’égard de la presse et du monde politique qu’à l’égard du grand public, le Forum nucléaire belge remplit sa mission d’information au travers d’actions diversifiées. En savoir plus