Transition énergétique : analyse des académiques
Transition énergétique : analyse des académiques

Comment les académiques voient-ils la transition énergétique en termes de climat et d’économie ?

Des académiques belges et internationaux, ont chiffré et analysé la transition énergétique et le mix énergétique du futur, tant pour la Belgique que pour le monde. La complémentarité des énergies nucléaire et renouvelables, portée par une politique cohérente et des investissements dans les nouvelles technologies, apparaît comme une évidence pour sauver le climat. Découvrez leur analyse dans cet article.

« Si on touche à l’énergie, on touche au reste de l’économie. »

Jean-Marc Jancovici, fondateur The Shift Project

Jean-Marc Jancovici, The Shift Project

« Un monde prospère, sans catastrophes climatiques, a nécessairement besoin de l’énergie nucléaire. »

Jean-Marc Jancovici est le fondateur de The Shift Project, un groupe consultatif qui étudie la sortie des combustibles fossiles. Il insiste sur l’importance de l’énergie pour faire tourner notre économie et rappelle, qu’à travers le monde, l’électricité est encore produite à hauteur de 65% par des combustibles fossiles. Il prône par conséquent une stratégie à long terme dans nos pays occidentaux, qui reposerait sur des investissements importants dans les technologies énergétiques et sur une diminution de la consommation. 

Jean-Marc Jancovici parle également de la nécessité d’investissements judicieux. Il cite deux exemples. D’abord l’Allemagne qui, avec sa sortie accélérée du nucléaire, a investi 350 milliards d’euros pour passer seulement de 250 g de CO2/kWh à 220 g de CO2/kWh.

Il évoque ensuite la France qui a investi 300 milliards dans son parc nucléaire et a ramené ainsi ses émissions de CO2 de 250 g/kWh à 150g/kWh. Il ajoute que si nous devions recourir uniquement aux énergies renouvelables pour une quantité d’énergie similaire à celle produite par les centrales nucléaires actuelles, cela nous coûterait dix à vingt fois plus cher. Il démontre que, pour résoudre le problème climatique, sans naufrage économique, l’énergie nucléaire est indispensable.

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« Nous manquons d’incitants fondamentaux. Comme le prix du carbone par exemple. »

Johan Albrecht, professeur à l’Université de Gand

Johan Albrecht, Université de Gand

« Mettre à profit toutes les énergies pauvres en carbone, donc autant le renouvelable que le nucléaire. »

Les capacités de production d’électricité à partir de sources renouvelables vont suivre une courbe ascendante en Belgique jusque 2030. Dans un scénario sans énergie nucléaire, plus la part d’énergies renouvelables sera importante, plus nous devrons importer d’énergie pour compenser leur production intermittente et assurer notre approvisionnement. 

Johan Albrecht, professeur en politique énergétique et environnementale à l’Université de Gand, a en outre démontré qu’une éventuelle sortie du nucléaire en 2025 se traduirait, dans le meilleur des cas, par un doublement des émissions de CO2 en Belgique. Il insiste sur la nécessité pour notre pays d’avoir une vision à long terme, basée sur une combinaison du nucléaire et du renouvelable.

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« Si l’énergie nucléaire parvient à gagner en flexibilité et à compenser le caractère intermittent des sources renouvelables, leur complémentarité apparaît comme une évidence. »

Marco Cometto, analyst en énergie nucléaire à l'OCDE

Marco Cometto, OESO-NEA

« Pour atteindre les objectifs climatiques, il n’y a pas d’autre choix que de réorienter notre production énergétique. »

L’Agence Internationale de l’Énergie prévoit, à l’horizon 2050, que nous devrons porter la part des énergies renouvelables de 22 % à 67 % et celle de l’énergie nucléaire de 11 à 16 %.  Marco Cometto, analyste en énergie nucléaire à l’Agence de l’Énergie Nucléaire (AEN) de l’OCDE, a mené des recherches sur les interactions entre les énergies renouvelables et le nucléaire.

Si les énergies nucléaires et renouvelables demandent des investissements importants, leur coût d’exploitation toutefois est faible. Voilà pourquoi elles sont concurrentes sur le marché, alors qu’elles devraient être utilisées conjointement pour lutter contre le changement climatique. 

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« Les nouveaux systèmes nucléaires affichent une grande flexibilité et ont toute leur place dans le mix énergétique de l’avenir. »

Jean-Claude Maun, professeur Université libre de Bruxelles

Jean Claude Maun, Université libre de Bruxelles

« Le réseau électrique constitue le lien indispensable entre la production et la consommation d’électricité. Il doit donc être constamment en équilibre. »

Le réseau électrique belge actuel est axé sur une production d’électricité conventionnelle, et dépend des centrales nucléaires pour assurer sa production de base. En 40 ans, il n'a pratiquement subi de modification. Les adaptations du réseau (devant permettre l’exploitation des sources renouvelables) coûtent cher et ne sont réalisées que trop lentement.

Les microréseaux sont susceptibles d’offrir des solutions à un niveau local, mais ils exigent une forte flexibilité.

Par conséquent, le réseau électrique devra gagner en flexibilité pour intégrer le mix énergétique de l’avenir, basé sur l’association renouvelable-nucléaire. Avec l’avènement des sources renouvelables, l’électricité sera produite de manière décentralisée. Il convient en outre d’assurer la fiabilité de ce réseau, même en présence d’une part importante d’énergies renouvelables. La réalisation d’analyses du risque probabilistes s’impose à cet égard.

Les connexions à courant continu offrent une solution intéressante pour renforcer l’efficacité de la production d’une énergie renouvelable, en ce sens qu’elles permettent de limiter les pertes. Dans le cadre d’un mix énergétique associant le nucléaire et le renouvelable, combiner le réseau existant avec des connexions en courant continu sur de longues distances peut se révéler une bonne solution d’un point de vue économique.

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« Les gens pensent toujours à une technologie particulière pour la production d'énergie pour relever le défi du changement climatique. La solution ne repose pas sur une seule technologie ou une seule source énergétique. »

Dieter Helm, Oxford University

Dieter Helm, Oxford University

« Le mix énergétique exige aussi un mix de technologies. »

Dieter Helm est professeur en politique énergétique à l’Université d’Oxford. Selon lui, les technologies existantes ne suffiront pas à contrer le changement climatique. D’autant plus que la demande en électricité est croissante. Il suffit de songer, entres autres, aux voitures électriques, aux robots et aux imprimantes 3D.

Une production en électricité suffisante et pauvre en carbone est donc essentielle. Nous aurons autant besoin du nucléaire que du renouvelable, mais nous devons également y intégrer des technologies tout à fait neuves. L’innovation, d’ailleurs est en marche.  Pensez à la nanotechnologie embarquée dans la nouvelle génération de panneaux photovoltaïques, à la géothermie, aux petits réacteurs modulaires (SMR) et aux avancées technologiques du nucléaire de quatrième génération.

Étude PwC : Le rôle de l’électronucléaire et des énergies renouvelables en Belgique

Fin 2016, le consultant PwC Enterprise Advisory a développé une étude sur le même sujet. Cette étude ( «Réussir la transition énergétique. Le rôle de l’électronucléaire et des énergies renouvelables en Belgique ») a examiné la faisabilité de la combinaison des énergies renouvelables et nucléaire. Plus précisement, cette étude a examiné l'impact de la combinaison des énergies renouvelables et l'énergie nucléaire sur trois paramètres:

  • Sécurité de l'approvisionnement
  • Le coût de l'électricité
  • Impact sur les émissions de CO2

L'étude a examiné les caractéristiques de ce mix bas-carbone d'ici 2030 et 2050.

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