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Opinion
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Matthias Meersschaert
Matthias Meersschaert
Porte-parole
Forum nucléaire belge

Le nucléaire est la technologie de transition vers un futur bas carbone, pas les centrales au gaz

Le nucléaire et les énergies renouvelables sont-ils incompatibles, comme le suggèrent certaines voix dans le débat sur la transition énergétique ? C'est une question pertinente, à l'heure où la Commission européenne [1] et l'Agence internationale de l'énergie [2] affirment que la combinaison de ces deux sources d'électricité devrait constituer l'épine dorsale de la production d'électricité bas carbone du futur. Notre analyse : la question elle-même est dépassée, car la réalité de nombreux pays montre que la combinaison est possible, et donne des résultats. Elle restera techniquement possible et souhaitable à l'avenir.

Le site web electricitymap [3], basé sur les chiffres de l'ENTSO-E [4], permet de comprendre les problèmes et les politiques énergétiques complexes en un simple aperçu : quelle quantité de CO2 les différents pays émettent-ils en moyenne (par kWh) pour leur production d'électricité ? Et qu'est-ce que cela donne ? Pour de nombreux pays, la combinaison de l'énergie nucléaire et des énergies renouvelables n'est pas une question rhétorique théorique, mais une réalité concrète. Par exemple, la France, la Finlande, la Suède, la Belgique, la Suisse ou le Royaume-Uni ont un mix énergétique composé à la fois d'énergie nucléaire et d'énergie renouvelable (complété ou non par d'autres sources de production). De quoi s’agit-il ? Dans chacun de ces pays, cette combinaison fonctionne particulièrement bien, sans poser de problèmes fondamentaux. En d'autres termes, la question de savoir si l'énergie nucléaire et les énergies renouvelables sont effectivement incompatibles est contredite par les faits et la réalité. Le constat est que les pays qui se concentrent principalement sur la combinaison des énergies renouvelables et nucléaires (Suède, Finlande et France) obtiennent les meilleurs scores et ont les émissions de CO2 les plus faibles. Cet argument devrait, rien que d'un point de vue écologique, encourager cette combinaison au lieu de l'attaquer.

De même, la Belgique, où rappelons-le actuellement près de 70 % du mix électrique est bas carbone (grâce à la combinaison des énergies renouvelables et de l'énergie nucléaire) [5], obtient de meilleurs résultats que la moyenne européenne et montre que la combinaison des énergies éolienne, solaire, hydraulique et nucléaire est une réalité quotidienne qui permet d’assurer la sécurité d'approvisionnement nécessaire. Les 30% du mix électrique belge actuellement toujours d’origine fossiles à l'heure actuelle sont utiles pour combler l'équation manquante entre l'offre et la demande. En d'autres termes : quiconque prétend vouloir abandonner l'énergie nucléaire (la principale source d'électricité à faible émission de CO2) au profit des centrales au gaz se trompe. Le mix électrique belge actuel, avec des centrales nucléaires produisant jour et nuit, comporte également une part importante d'énergie éolienne et solaire intermittentes. Ces sources d’énergies sont complétées par une part marginale d’électricité provenant de centrales alimentées par des énergies fossiles flexibles, émettant davantage de CO2. La situation actuelle permet de disposer d’un mix énergétique largement bas carbone, tout en garantissant une flexibilité et une sécurité d'approvisionnement maximale, 7 jours sur 7, 24 heures sur 24, à un prix stable et abordable.

L'argument selon lequel l'énergie nucléaire et l’énergie renouvelable à grande échelle mèneraient à une surproduction, obligeant un ajustement du rendement d’une des deux sources d’énergie, n’a en définitive aucun sens. C’est également ce que prédisent différents experts depuis près d’une décennie. Le stockage massif de batteries, la gestion de la demande et une production nucléaire plus flexible (par exemple via le système de SMR, c’est-à-dire des mini-réacteurs nucléaires modulaires) peuvent apporter la flexibilité nécessaire sans compromettre l'une des deux technologies. En d'autres termes, les perspectives prometteuses de stockage à grande échelle qui s'offrent aux énergies renouvelables sont tout aussi valables pour l'énergie nucléaire [6]. La combinaison des énergies renouvelable nucléaire, toutes deux émettant le moins de CO2 en produisant leur électricité, sera un meilleur choix pour le climat qu'une combinaison d'énergies renouvelables complétée par de l'électricité d’origine fossile.

Revenons, à la question essentielle: pourquoi sommes-nous tous si désireux de produire de l'électricité à 100 % à partir d'énergies renouvelables dans les prochaines années? La réponse est sans conteste : principalement parce qu'elles offrent la perspective d'une production d'énergie à très faible émission de CO2 ? En d'autres termes, les énergies renouvelables sont-elles une fin en soi ?... non, par contre s’efforcer de produire de l’électricité à l’aide de sources décarbonées, est bien essentiel. Cela nous permettra de construire une société bas carbone d’ici quelques décennies et tenter d’atteindre les objectifs climatiques que s’est fixé notre gouvernement. Il semble donc une évidence que le recours aux énergies fossiles doit être limitée autant que possible, sachant que ce type de centrale permet d’obtenir une certaine flexibilité. Dans le même temps il est primordial d’éviter d’émettre en 2030 davantage de CO2 que nous le faisons pour le moment en 2020. En fait, le dilemme se résumerait alors à ceci : du CO2 ou des déchets nucléaires ? Si une société bas carbone est l'objectif commun vers lequel nous devons tendre le plus rapidement possible, l'énergie nucléaire et les centrales nucléaires existantes ont un rôle important à jouer pour atteindre cet objectif dans les meilleurs délais. L'énergie nucléaire est donc bien une technologie de transition vers une société à faible émission de CO2, et non un obstacle à celle-ci.

« Entre temps, les énergies renouvelables et les technologies de stockage continuent leur montée en flèche », entend-on. Si tel sera le bien le cas, il est assez incompréhensible de constater que ceux qui soutiennent la sortie du nucléaire pour des raisons écologiques, prônent en même temps le recours massif aux énergies fossiles pour réaliser cette transition énergétique. Il est en effet important de garder en mémoire que la production d’électricité dans une centrale à gaz émet près de 40 fois le CO2 émis par une centrales nucléaire pour la même production.

L'énergie nucléaire et les énergies renouvelables sont donc plus que jamais complémentaires. Opposer le nucléaire au renouvelable est non seulement incorrect sur le plan factuel, mais aussi tout sauf souhaitable à une époque où les enjeux climatiques ont autant d’importance. L'hypothèse, selon laquelle l'énergie nucléaire bloquerait la transition vers les énergies renouvelables, a déjà été contredite à plusieurs reprises et dans de nombreuses études [7], mais elle risque maintenant d'être contredite par la réalité. Si on ferme toutes les centrales nucléaires d'ici 2025, et en admettant que la Belgique opte pour des investissements massifs dans les énergies renouvelables, encore faudra-t-il s’assurer qu’il y ait suffisamment d’électricité produite. Malheureusement, l'appel de plus en plus fort lancé par des organisations telles que l'AIE pour que l'énergie nucléaire reste une option n'a pas trouvé d'écho dans ce pays pour le moment.

Matthias Meersschaert, Forum nucléaire

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