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Lettre ouverte du monde académique sur la loi de sortie nucléaire
Lettre ouverte du monde académique sur la loi de sortie nucléaire

Abrogeons la loi sur la sortie du nucléaire

Cette semaine, le journal De Standaard a publié une lettre ouverte, signé par de nombreux experts et autorités du monde académique, dont le recteur de l'université de Gand, l'ancien recteur de la KU Leuven, et bien d'autres. Dans leur lettre ouverte, ils demandent trois choses : prolonger la durée d’exploitation des centrales nucléaires existantes, pour des raisons climatiques, supprimer la loi qui rend impossible la construction de nouvelles centrales nucléaires dans notre pays à l'avenir et continuer à soutenir l'expertise et le savoir-faire nucléaire belge.

Si la Belgique poursuit la sortie du nucléaire en 2025, nous jetons à la poubelle nos atouts nucléaires pour l'avenir, écrivent des académiques et des experts en énergie. Nous publions ici l'intégralité de leur lettre ouverte, telle qu'elle a été publiée dans De Standaard le mardi 24 novembre, traduite vers le français.

Vous êtes d’accord ? Signez la pétition !

Les centrales nucléaires belges sont actuellement responsables de 75% de l'électricité à faible teneur en CO2 de notre pays. Une centrale nucléaire produit une énergie fiable, sûre et propre, sans émission de gaz à effet de serre et sans pollution de l'air. Néanmoins, notre pays a décidé en 2003 de fermer toutes les centrales nucléaires d'ici 2025 et d'interdire la construction de nouvelles centrales nucléaires pour la production d'électricité. Cette décision est de plus en plus difficile à défendre aujourd'hui, car le problème du climat est devenu beaucoup plus urgent depuis 2003.

En ce qui concerne les centrales nucléaires actuelles, il est techniquement parfaitement possible de maintenir ouvertes pendant encore 20 ans au moins les deux dernières centrales nucléaires belges (Tihange 3 et Doel 4). Cela signifie que notre pays émettrait 45 millions de tonnes de CO2 de moins que dans un scénario sans centrales nucléaires (l'équivalent de plus de 500 000 voitures). L'Agence internationale de l'énergie (AIE) recommande donc de prolonger la durée de vie des centrales nucléaires existantes aussi longtemps que cela est techniquement possible, en vue d'atteindre les objectifs climatiques. Malheureusement, le gouvernement belge semble ignorer cette recommandation et émettre beaucoup plus de CO2 avec la construction de centrales électriques au gaz.

Aujourd'hui, nos plus jeunes réacteurs nucléaires peuvent continuer à fournir de l'électricité sans CO2 pendant encore un quart de siècle, mais pas pour toujours non plus. Beaucoup plus fondamentalement, la loi de 2003 rend impossible toute proposition de construction de nouvelles centrales nucléaires, quels que soient les avantages pour le climat et pour la population belge. « Aucune nouvelle centrale nucléaire destinée à la production industrielle d'électricité par fission de combustibles nucléaires ne peut être créée et/ou mise en service », comme l'indique le texte juridique.

Cependant, les centrales nucléaires offrent des avantages climatiques majeurs, surtout pour un pays densément peuplé comme la Belgique. Ils produisent d'énormes quantités d'énergie sur une très petite surface, avec un impact minimal sur la nature, et ils fonctionnent indépendamment du vent et du temps. Ce n'est d’ailleurs pas une coïncidence si les Pays-Bas songent à construire des nouveaux réacteurs. En effet, nos voisins du Nord comprennent que le soleil et le vent seuls ne suffiront pas (ou du moins deviendront très chers). De nouvelles centrales nucléaires plus maniables, qui ne produisent qu'une quantité infime de déchets, seraient des partenaires idéaux pour accompagner les énergies renouvelables : elles fournissent de l'électricité lorsque le temps est mauvais et se remettent en marche lorsque le temps est beau. Tout comme les éoliennes et les panneaux solaires, ils n'émettent pas de CO2. En outre, les nouveaux types de réacteurs actuellement en cours de développement présentent toutes sortes de propriétés avantageuses : sécurité passive (ils s'arrêtent automatiquement lorsque quelque chose ne va pas), utilisation plus durable du combustible, plus grande maniabilité, etc. Mais notre loi belge de 2003 les exclut toutes.

La construction de centrales nucléaires prend du temps, mais même après 2030 et 2040, nous aurons encore besoin de (beaucoup) d'énergie propre. Même si nous mettons fortement l'accent sur l'efficacité énergétique et la réduction des coûts, la demande d'électricité augmentera fortement en raison de l'électrification massive que nous prévoyons pour rendre notre économie plus verte : pensez aux pompes à chaleur et aux transports électriques, par exemple. C'est pourquoi nous devons nous concentrer sur la recherche de possibles nouvelles centrales nucléaires,, en nous basant sur l'état actuel de la technique et/ou le développement de nouveaux types de réacteurs.

Si la Belgique persiste dans sa politique d'abandon du nucléaire, elle tuera ses atouts nucléaires pour le futur. Le centre de recherche nucléaire belge de Mol est un leader mondial en matière de recherche scientifique, de services et de formation dans le secteur nucléaire. Si nous tuons l'industrie nucléaire en 2025, de nombreux ingénieurs et experts risquent de partir. Le savoir-faire technique dans le domaine de la fission nucléaire disparaîtra aussi.

Ensemble avec le solaire et l'éolien, il est possible d'atteindre nos objectifs climatiques. Il ne serait pas raisonnable de la part de notre gouvernement d'exclure a priori des sources d'énergie sans carbone pour des raisons politiques ou idéologiques.

Donnez un nouvel avenir à l'énergie nucléaire en Belgique. Maintenir les centrales existantes ouvertes le plus longtemps possible, mais surtout : stimuler la recherche nucléaire innovante et créer les conditions pour la construction de nouvelles centrales. Faites étudier dès maintenant les coûts et les avantages des nouveaux réacteurs nucléaires, afin que dans une décennie, nous ne nous retrouvions pas dans un nouveau débat émotionnel, mais que nous puissions prendre une décision basée sur des analyses rationnelles. Pour la sécurité de l'approvisionnement, pour l'accessibilité des énergies propres, et surtout pour le climat.

Maarten Boudry - philosophe des sciences (UGent)
Manuel Sintubin - géologue (KU Leuven)
Rik Van de Walle - Recteur UGent, à titre personnel
Matthias Vanderhaegen - ingénieur nucléaire (UGent)
Gerard Govers - Vice-recteur (KU Leuven), à titre personnel
Dirk Verhofstadt - philosophe et publiciste (UGent)
Simon Friederich - philosophe des sciences (Université de Groningue)
Johan Braeckman - professeur ordinaire (UGent)
André Oosterlinck - ancien recteur de la KU Leuven, à titre personnel
Aït Abderrahim Hamid - Professeur d'ingénierie nucléaire (UCLouvain)
Thomas Rotthier - Coprésident d'Ecomodernisme.be
Jan Deschoolmeester - coprésident d'Ecomodernisme.be
Kurt Deketelaere - professeur titulaire (KU Leuven), à titre personnel

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